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Lagarde freine la promotion d'un stablecoin en euros et qualifie ce marché de 300 milliards de dollars de risque pour la stabilité de la politique de la BCE

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a rejeté cette semaine les appels lancés à l'Europe pour qu'elle encourage les stablecoins libellés en euros, avertissant que les risques pour la stabilité financière et la politique monétaire l'emportaient sur les avantages éventuels.

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Lagarde freine la promotion d'un stablecoin en euros et qualifie ce marché de 300 milliards de dollars de risque pour la stabilité de la politique de la BCE

Key Takeaways

  • La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a qualifié les stablecoins libellés en euros de risque pour la stabilité financière le 8 mai 2026.
  • Mme Lagarde a mentionné que l'USDC s'était déprécié à 0,877 $ lors de l'effondrement de la SVB en 2023, exposant 3,3 milliards de dollars de réserves de Circle.
  • Le projet Pontes de la BCE sera lancé en septembre 2026 afin d'ancrer le règlement par technologie de registre distribué (DLT) dans la monnaie de banque centrale.

Lagarde met en garde les banques européennes contre le risque que les stablecoins en euros ne restreignent le canal de taux de la BCE

Lagarde a prononcé son discours lors du Forum économique Banco de España Latam à Roda de Bará, en Espagne. Intitulé « Les stablecoins et l’avenir de la monnaie : séparer les fonctions des instruments », ce discours intervient alors que le marché mondial des stablecoins est passé de moins de 10 milliards de dollars il y a six ans à plus de 300 milliards de dollars aujourd’hui.

« Les arguments en faveur de la promotion des stablecoins libellés en euros sont bien moins solides qu'il n'y paraît », a fait remarquer Lagarde.

Le marché reste largement dominé par le dollar, près de 98 % des stablecoins étant indexés sur le dollar américain. Tether et Circle contrôlent une part massive de ce marché. La loi américaine GENIUS, actuellement en cours d'examen au Congrès, présente explicitement l'expansion des stablecoins comme un outil visant à consolider la domination mondiale du dollar et à soutenir la demande de bons du Trésor américain.

Mme Lagarde a reconnu que les stablecoins en euros opérant dans le cadre du règlement de l’UE sur les marchés d’actifs cryptographiques (MiCAR), entré en vigueur en 2024, pourraient générer une demande supplémentaire d’actifs sûrs de la zone euro, comprimer les rendements souverains et étendre la portée internationale de l’euro. Elle n’a pas rejeté d’emblée ces gains potentiels. Mais elle a fait valoir que deux risques rendent ce compromis défavorable. Le premier concerne la stabilité financière. Les stablecoins sont des passifs privés dont la couverture peut subir une pression soudaine en période de crise. Elle a souligné que lorsque la Silicon Valley Bank (SVB) s'est effondrée en mars 2023, Circle a révélé que 3,3 milliards de dollars de réserves de l'USDC y étaient détenus. Pendant cette période, a déclaré Mme Lagarde, l'USDC s'est brièvement négocié à 0,877 dollar, soit plus de 12 cents en dessous de son ancrage à 1 dollar.

« Ces compromis l'emportent sur les gains à court terme en termes de conditions de financement et de portée internationale que pourraient offrir les stablecoins libellés en euros », a déclaré Mme Lagarde lors de son discours. La deuxième préoccupation concerne la transmission de la politique monétaire, a-t-elle expliqué. Dans la zone euro, les banques restent le principal canal par lequel les décisions de la BCE en matière de taux d'intérêt parviennent aux entreprises et aux ménages. Si les dépôts de détail migrent vers des stablecoins non bancaires et reviennent vers les banques sous forme de financement de gros plus coûteux, ce canal se rétrécit. Une étude de la BCE publiée en mars 2026 (document de travail n° 3199) a révélé qu’une substitution massive des dépôts affaiblirait le crédit bancaire et la transmission de la politique monétaire, un effet qui, selon le document, est plus prononcé dans les économies fortement bancarisées comme l’Europe qu’aux États-Unis.

La position de Christine Lagarde la met en désaccord avec Joachim Nagel, président de la Bundesbank et également membre du Conseil des gouverneurs de la BCE. Dans un discours prononcé le 16 février 2026 lors de la réception du Nouvel An de l'AmCham Germany, Nagel a exprimé son soutien à ces instruments. « Je vois également un intérêt dans les stablecoins libellés en euros, car ils peuvent être utilisés pour des paiements transfrontaliers par des particuliers et des entreprises à faible coût », a expliqué Nagel.

Cette divergence reflète un débat interne plus large au sein de l’Eurosystème sur la manière de répondre à la domination des stablecoins en dollars et au risque de ce que Mme Lagarde a qualifié de « dollarisation numérique ». Plutôt que de s’aligner sur la politique américaine en matière de stablecoins, Mme Lagarde a mis en avant les propres projets d’infrastructure de l’Eurosystème. Le projet Pontes, qui sera lancé en septembre 2026, reliera les plateformes de registres distribués à TARGET, le système de règlement existant de la BCE, permettant ainsi le règlement des transactions basées sur la technologie des registres distribués (DLT) en monnaie de banque centrale. La feuille de route Appia, publiée en mars 2026, trace la voie vers un écosystème financier européen tokenisé et pleinement interopérable d’ici 2028.

« Notre tâche n’est pas de reproduire des instruments développés ailleurs, mais de construire les fondements et l’infrastructure qui servent nos propres objectifs, afin que nous puissions tirer parti des avantages de l’innovation sans en importer les fragilités », a déclaré Mme Lagarde. Les banques et les entreprises de paiement européennes qui ont déjà commencé à préparer des produits de stablecoins en euros réglementés dans le cadre du MiCAR pourraient désormais faire l’objet d’une surveillance accrue, la BCE ayant indiqué qu’elle préférait les solutions ancrées par la banque centrale aux alternatives privées.